Livret « SEP : travailler et durer », aperçu avant impression
La petite bibliothèque du maintien à domicile · N°7
SEP : travailler et durer
Sclérose en plaques et vie professionnelle : gérer la fatigue comme un budget, organiser ses journées, aménager son poste et décider quoi dire, pour continuer à faire son métier, à son rythme. Fondé sur les recommandations britanniques NICE et les essais cliniques internationaux en ergothérapie.
Fannie Wattiez, Ergothérapeute indépendante · N° INAMI 6-51505-44-650
10 ans d'expérience en neurologie, gériatrie et maintien à domicile · Belgique
Wattiez.fannie@gmail.com · Conseil Ergo à Distance
Avant de commencer
À qui s'adresse ce livret
À vous, qui vivez avec une sclérose en plaques et qui travaillez, ou voulez continuer à travailler. Peut-être en début de parcours, quand tout va « encore bien » mais que les journées coûtent de plus en plus cher. Peut-être plus tard, quand les difficultés sont installées et que la question « vais-je pouvoir continuer ? » s'invite le dimanche soir. Ce livret parle de la SEP, mais ses stratégies servent aussi dans d'autres situations où la fatigue et les troubles invisibles menacent l'emploi : Parkinson débutant, suites d'AVC, Covid long, maladies chroniques fatigantes.
Les deux règles qui gouvernent tout
Règle 1, Votre fatigue est un symptôme neurologique, pas un défaut de caractère. Elle ne se « surmonte » pas à la volonté : elle se gère, comme un budget. Toute la suite de ce livret repose sur ce renversement : arrêter de lutter contre la fatigue, commencer à administrer son énergie.
Règle 2, Vous ne décidez rien d'important seul·e, ni un mauvais jour. Réduire son temps de travail, changer de poste, démissionner : ces décisions se prennent à froid, informé·e, entouré·e (neurologue, médecin du travail, proches), jamais au fond d'une poussée ou d'un épuisement.
70 %
Selon l'enquête internationale de la Fédération de la SEP (MSIF), jusqu'à 43 % des personnes ne travaillent plus 3 ans après le diagnostic, et environ 70 % dix ans après. Or la recherche montre que beaucoup de ces départs sont précoces et évitables : la fatigue mal gérée, plus que le handicap moteur, en est le premier moteur. C'est exactement là que ce livret agit.
Ce livret est un guide général. Il ne remplace ni votre neurologue (traitement de fond, poussées, médicaments de la fatigue), ni le médecin du travail (aptitude, aménagements officiels), ni un avis juridique (droit du travail). Il vous donne ce que l'ergothérapie a de mieux : des stratégies validées pour le quotidien réel.
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1. Comprendre votre fatigue (pour la piloter)
La fatigue touche jusqu'à 80 % des personnes avec une SEP, et 65 % la classent parmi leurs trois symptômes les plus invalidants. Mais « fatigue » est un mot-valise : pour agir, il faut distinguer ce qu'il contient.
Fatigue primaire et fatigue secondaire
La fatigue primaire vient de la maladie elle-même : l'influx nerveux circule sur des câbles abîmés, chaque geste et chaque pensée coûtent plus cher en énergie. Elle est disproportionnée à l'effort, peu soulagée par le repos, souvent pire l'après-midi et par temps chaud. La fatigue secondaire, elle, vient de tout ce qui s'ajoute : sommeil perturbé (spasmes, envies d'uriner nocturnes, douleurs), humeur qui plonge, déconditionnement physique (moins on bouge, moins on peut), effets de certains médicaments, et l'effort permanent de compensation. Pourquoi cette distinction compte : la fatigue secondaire se traite (sommeil, moral, condition physique, révision des traitements), c'est souvent 30 à 50 % de fatigue en moins à aller chercher avec votre médecin, avant même les stratégies d'organisation.
Trois visages à connaître
La lassitude, l'épuisement global, la batterie vide. La fatigabilité motrice, la jambe qui traîne après 500 mètres alors que le départ était normal ; le symptôme s'aggrave à l'usage. La fatigue cognitive, le « brouillard » : concentration qui lâche, mots qui fuient, lenteur à traiter, souvent la plus gênante au travail, et la plus invisible.
La chaleur : le phénomène d'Uhthoff
Chez la plupart des personnes avec une SEP, une hausse même minime de la température corporelle (canicule, bureau surchauffé, douche chaude, effort intense, fièvre) aggrave temporairement les symptômes, vision, fatigue, motricité. C'est le phénomène d'Uhthoff : impressionnant mais réversible et sans danger pour les lésions, tout rentre dans l'ordre en refroidissant. Le connaître change tout : on ne panique plus (« une poussée ! »), on anticipe (page 9).
L'invisibilité, votre vrai adversaire. Votre fatigue ne se voit pas. Vos collègues voient quelqu'un de « normal » qui décline un dossier ou part à 16h, et l'incompréhension s'installe, parfois teintée de jugement. Retenez ceci : vous n'avez pas à prouver votre fatigue, mais vous gagnerez à l'expliquer à quelques personnes choisies, avec des mots simples (page 11 vous donne lesquels). Une phrase qui aide : « Mon énergie est comme un forfait limité : je dois choisir où je la dépense. »
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2. Ce que dit la science (et pourquoi il y a de l'espoir)
Bonne nouvelle : la gestion de la fatigue dans la SEP est l'un des domaines les mieux étudiés de l'ergothérapie. Voici les faits, pas les promesses.
Les programmes de conservation d'énergie sont validés par essais randomisés
Le cours de conservation d'énergie (protocole de Tanya Packer, le standard international) a été testé dans un essai randomisé de référence auprès de 169 personnes atteintes de maladies chroniques dont la SEP (Mathiowetz et coll.) : réduction significative de l'impact de la fatigue, amélioration de l'auto-efficacité et de la qualité de vie, et les bénéfices se maintenaient un an plus tard. Mieux : une version délivrée à distance (par téléconférence, essai de Finlayson) a montré son efficacité, la preuve que ces stratégies s'apprennent très bien... en visio.
Le programme FACETS et les recommandations NICE
Au Royaume-Uni, le programme FACETS (approche cognitivo-comportementale + conservation d'énergie) a démontré dans un essai multicentrique une réduction durable de la sévérité de la fatigue. Les recommandations officielles britanniques NICE en tirent la ligne directrice : la fatigue de la SEP se prend en charge de façon personnalisée et multimodale, éducation et autogestion (ce livret), activité physique adaptée, prise en charge du sommeil et du moral, et si besoin discussion médicamenteuse avec le neurologue.
L'exercice : l'allié contre-intuitif
L'instinct dit « économise-toi, ne bouge pas ». La science dit l'inverse : l'activité physique adaptée et progressive (endurance douce, renforcement) réduit la fatigue de la SEP, c'est l'une des interventions les mieux démontrées. Le déconditionnement, lui, l'aggrave : moins on en fait, plus chaque chose coûte. La clé : progressif, régulier, au frais, encadré au départ (kinésithérapeute).
Et pour l'emploi spécifiquement
Des interventions de maintien en emploi dédiées à la SEP ont été développées et testées (notamment l'accompagnement individualisé de l'équipe de Nottingham) : une dizaine d'heures ciblant la fatigue au travail, la cognition, les aménagements et la communication avec l'employeur, délivrées à distance. Le message des études : agir tôt, tant qu'on est en poste, vaut infiniment mieux qu'attendre la rupture.
1 an
C'est la durée pendant laquelle les bénéfices du cours de conservation d'énergie restaient mesurables après la formation dans l'essai de référence. Ces stratégies ne sont pas des astuces : ce sont des compétences, qui s'installent pour durer.
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3. Votre budget d'énergie : la semaine d'observation
On ne gère bien que ce qu'on mesure. Avant de rien changer, observez une semaine complète, c'est l'étape 1 de tous les programmes validés. Imaginez votre énergie comme une batterie qui démarre chaque matin à un niveau variable (100 % les bons jours, parfois 60 %), et notez ce qui la vide et ce qui la recharge.
Le journal de batterie (7 jours)
Moment
Activité
Batterie avant → après
Remarques (chaleur, stress, position debout...)
Lun 7h30
Ex. : douche + habillage
90 % → 75 %
Douche trop chaude : jambes lourdes ensuite
Lun 9h
Réunion d'équipe
75 % → 65 %
OK, assise, salle fraîche
Lun 11h
Dossier complexe
65 % → 40 %
Interruptions ×6, open space bruyant
...
Notez 4 à 6 lignes par jour, pas plus, l'outil doit rester léger. Après 7 jours, trois questions :
Quels sont mes gouffres ? Les 3 activités qui vident le plus la batterie (souvent : trajets, station debout, tâches cognitives en environnement bruyant, chaleur, certaines réunions).
Quelles sont mes heures fortes ? Chez la plupart : la matinée. C'est là que doivent vivre les tâches exigeantes.
Qu'est-ce qui recharge vraiment ? (Une vraie pause assise au calme recharge ; scroller son téléphone, rarement.)
Le piège du « bon jour ». Les bons jours, la tentation est de rattraper tout le retard, et de payer pendant trois jours. C'est le cycle « boom and bust » (flambée-effondrement), l'ennemi n°1 identifié par la recherche. La règle des programmes validés : les bons jours, faites 80 % de ce que vous pourriez, la réserve d'aujourd'hui est la journée de demain.
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4. Les 4 P : le cœur de la méthode
Votre journal en main, appliquez les quatre principes du cours de conservation d'énergie, les « 4 P ».
P comme Prioriser
Toute tâche de votre semaine (travail ET maison, le budget est commun !) passe par quatre cases : je garde (essentiel et que moi peux faire) · je délègue (essentiel mais quelqu'un d'autre peut : courses livrées, aide ménagère, collègue, conjoint) · je simplifie (essentiel mais faisable autrement) · j'abandonne (honnêtement ? pas essentiel). Déléguer le repassage pour garder l'énergie de votre métier n'est pas un renoncement : c'est un arbitrage de gestionnaire.
P comme Planifier
Les tâches lourdes aux heures fortes (le dossier complexe à 9h, jamais à 15h). Alterner exigeant et léger, assis et debout, cognitif et manuel. Répartir sur la semaine : deux lessives mardi et vendredi plutôt que le marathon du samedi. Préparer la veille au soir ce qui allège le matin (vêtements, sac, repas). Et planifier... les pauses, comme des rendez-vous non négociables.
P comme Pauses (le pacing)
La règle d'or, contre-intuitive et capitale : on s'arrête AVANT d'être épuisé, pas après. S'arrêter quand il reste de l'énergie permet de repartir ; s'arrêter vidé impose des heures de récupération. Concrètement : micro-pauses programmées (5 minutes toutes les 45-60 minutes, minuteur discret), une vraie pause de midi (assise, au calme, sans écran si possible), et le soir, un « sas » avant les tâches domestiques.
P comme simPlifier (et Positionner)
Chaque geste évitable est de l'énergie gagnée : travailler assis partout où c'est possible (repassage, cuisine, réunions debout → demandez une chaise sans gêne), tout à portée de main (les objets fréquents entre hanches et épaules, fini les accroupissements répétés), les circuits courts (regrouper ce qu'on fait au même endroit), les outils qui économisent (chariot à roulettes, robot de cuisine, casque téléphonique, dictée vocale). Aucun de ces choix n'est « de la paresse » : c'est de l'ingénierie.
4 P
Prioriser · Planifier · Pauses · simPlifier. Affichez-les. Chaque fois qu'une journée déborde, demandez-vous lequel des quatre a été oublié, c'est presque toujours le troisième.
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5. La journée de travail, réorganisée
Le matin : protéger le capital
Douche tiède, pas chaude (Uhthoff dès le réveil = matinée hypothéquée). Certains préfèrent la douche le soir : testez.
Tout est prêt depuis la veille : vêtements, sac, déjeuner. Le matin exécute, il ne décide pas.
Trajet intelligent : éviter l'heure de pointe si les horaires flexibles existent (souvent -30 % de fatigue de trajet à eux seuls) ; se garer près de l'entrée (voir aménagements, page 10) ; dans les transports, oser demander une place assise.
Au poste : les heures fortes bien dépensées
La tâche la plus exigeante en premier, pendant le pic de la matinée, pas les e-mails.
Une chose à la fois. Le multitâche est un mythe coûteux pour tous les cerveaux, ruineux avec une SEP. Fermez les onglets, les notifications, traitez les e-mails par blocs (ex. : 11h et 15h30).
Regroupez les tâches semblables (appels ensemble, administratif ensemble) : chaque changement de registre a un coût cognitif.
Micro-pauses au minuteur : 5 minutes toutes les 45-60 minutes. Levez-vous ou au contraire posez-vous, l'inverse de ce que vous venez de faire.
L'après-midi : composer avec la pente
Déjeuner léger (le repas lourd assomme) et une vraie pause, 20 minutes assise au calme valent mieux qu'une heure de cantine bruyante. Là où c'est possible, 15 minutes de repos allongé ou tête posée font des miracles documentés.
Tâches routinières l'après-midi : classement, mises à jour, relectures légères, pas les décisions importantes.
Réunions : demandez les créneaux du matin quand vous avez la main ; en visio plutôt qu'en déplacement quand c'est équivalent ; prenez vos notes immédiatement (page 8).
Le télétravail : puissant, à deux conditions
Le télétravail supprime le trajet et la surchauffe sensorielle de l'open space, pour beaucoup, c'est l'aménagement n°1. Deux pièges à verrouiller : l'invisibilité (on en fait trop pour « compenser » d'être à la maison, gardez les mêmes pauses qu'au bureau) et l'isolement (maintenez les liens : le soutien des collègues est un facteur documenté de maintien en emploi).
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6. Le brouillard cognitif au travail : externaliser, protéger, séquencer
Concentration qui lâche, noms qui fuient, lenteur, les troubles cognitifs touchent environ une personne sur deux avec une SEP, souvent discrètement. Le principe validé en réhabilitation cognitive : on ne muscle pas sa mémoire contre la SEP, on l'externalise. Votre cerveau est le processeur : donnez-lui des disques durs externes.
Externaliser (tout ce qui peut l'être)
UN seul agenda (numérique, synchronisé, avec rappels), pas trois carnets et des post-its. Tout y entre : rendez-vous, tâches, idées.
La liste unique du jour : 3 priorités maximum, écrites la veille au soir. Le reste est du bonus.
Notes de réunion immédiates : décisions et actions notées séance tenante (ou enregistrement/compte rendu si l'outil existe), jamais « je m'en souviendrai ».
Des protocoles écrits pour vos tâches récurrentes complexes (la procédure de clôture, le paramétrage mensuel...) : une checklist suivie pas à pas supprime la charge de mémorisation ET les erreurs.
Protéger la concentration
Les interruptions sont vos gouffres n°1 : après chaque interruption, un cerveau fatigué met longtemps à « recharger » le fil. Défenses : casque (même sans musique, signal universel), plages « porte fermée » affichées, notifications coupées par blocs.
Le parking à idées : une pensée parasite surgit (« penser à rappeler X ») ? Notez-la sur la liste et revenez au fil, ne la traitez pas.
Le bon moment pour le difficile : lecture complexe, rédaction, calculs → le matin, au calme. Jamais en fin de journée « pour finir ».
Se dire : « Je perds la tête, je n'y arrive plus, je dois me forcer à mémoriser. »
Se dire : « Ma mémoire de travail est une ressource limitée : je la réserve à la réflexion, et je confie le stockage à mes outils. » C'est exactement ce que font les pilotes d'avion avec leurs checklists, personne ne les traite de paresseux.
Si les troubles cognitifs s'aggravent ou vous inquiètent : parlez-en au neurologue, un bilan neuropsychologique objective les points forts et faibles, oriente les stratégies, et constitue une pièce précieuse si des aménagements officiels deviennent nécessaires.
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7. Chaleur, environnement, corps : les réglages physiques
Le plan anti-chaleur (Uhthoff)
Boissons fraîches à portée toute la journée, la plus simple des stratégies de refroidissement, étonnamment efficace.
Ventilateur personnel au poste (ou bureau près d'une fenêtre ombragée, loin des radiateurs et baies vitrées plein sud).
Vêtements en couches légères et respirantes, qu'on ajuste dans la journée ; par forte chaleur, les accessoires rafraîchissants (foulard, gilet) existent et fonctionnent.
Anticiper les canicules : ce sont LES jours télétravail, à négocier à l'avance, pas le matin même (page 10).
Après un coup de chaud : au frais, boisson fraîche, 20 minutes, les symptômes régressent. Rappel : Uhthoff est réversible et sans danger.
Le poste de travail
Un vrai siège réglable (hauteur, dossier, accoudoirs) : la position assise stable économise l'énergie posturale, celle qu'on ne voit pas mais qu'on paie.
Écran à hauteur des yeux, clavier et souris proches du corps, documents sur support, la nuque et les épaules détendues, c'est de l'endurance gagnée.
Ce qu'on utilise souvent, à portée immédiate ; l'imprimante lointaine peut rester lointaine (une marche utile) SI la marche va bien, sinon, on rapproche. Le journal de la page 5 tranche.
Les outils qui comptent double : casque téléphonique (fini le combiné coincé), double écran (fini la jonglerie de fenêtres), dictée vocale si taper fatigue, chariot pour transporter.
Le corps, entretenu
Rappel de la page 4 : l'activité physique adaptée réduit la fatigue. Trois séances de 20-30 minutes par semaine (marche, vélo, natation, l'eau fraîche est votre alliée, aquagym en piscine non surchauffée), idéalement cadrées au départ par un kinésithérapeute qui connaît la SEP. Et le sommeil se soigne comme un dossier prioritaire : si spasmes, douleurs ou envies nocturnes le hachent, c'est un motif de consultation en soi, pas une fatalité.
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8. Les aménagements raisonnables : le catalogue et la méthode
Un « aménagement raisonnable », c'est une adaptation du poste ou de l'organisation qui vous permet de faire votre métier, un droit reconnu aux travailleurs en situation de handicap ou de maladie chronique en Belgique comme en France, tant qu'il ne représente pas une charge disproportionnée pour l'employeur. La plupart de ceux qui aident le plus... ne coûtent presque rien :
Aménagement
Ce que ça change
Horaires flexibles / arrivée décalée
Trajet hors pointe, matinées calibrées sur vos heures fortes
Télétravail partiel (1-3 j/sem.)
Trajets économisés, environnement maîtrisé, jours de canicule sécurisés
Pauses supplémentaires courtes
Le pacing officialisé, plus besoin de se cacher pour souffler
Place de parking proche de l'entrée
La fatigabilité de marche épargnée pour le travail lui-même
Bureau bien placé (frais, calme, près des sanitaires)
Chaleur et interruptions maîtrisées, urgences vésicales dédramatisées
Matériel : siège, double écran, casque, dictée
Énergie posturale et cognitive économisée toute la journée
Réattribution des tâches physiques lourdes
Échange de tâches avec un collègue, gagnant-gagnant à formaliser
Réunions en visio quand c'est équivalent
Déplacements économisés
Reprise progressive / temps partiel médical
Après une poussée ou un arrêt : remonter en charge par paliers, encadrée médicalement
La méthode pour demander (et obtenir)
Préparez par écrit : mes tâches essentielles / mes difficultés concrètes (factuelles : « la station debout prolongée », pas « je suis fatiguée ») / mes solutions proposées (le tableau ci-dessus) / ce que l'entreprise y gagne (vous garder, performante).
Passez par le médecin du travail (en Belgique : le conseiller en prévention-médecin du travail, sollicitable par vous directement, y compris via une visite spontanée) : c'est lui qui officialise les recommandations d'aménagement auprès de l'employeur.
Formulez en termes de solutions, jamais de plaintes : « Avec deux jours de télétravail et un créneau de réunions le matin, je tiens mes objectifs » est irrésistible ; « je n'en peux plus » est inaudible.
Renseignez-vous sur les dispositifs de votre pays (reconnaissance du handicap, aides à l'adaptation du poste, temps partiel médical) : les associations SEP de Belgique, France, Suisse et Québec ont des services sociaux gratuits qui connaissent ces circuits par cœur.
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9. En parler ou pas ? Décider quoi dire, à qui
C'est la question qui empêche de dormir, et elle mérite une réponse nuancée plutôt qu'un slogan.
Ce que dit le cadre (Belgique et France)
Vous n'êtes jamais obligé·e de révéler votre diagnostic, ni à l'embauche, ni en poste. L'employeur n'a pas le droit de l'exiger.
Le médecin du travail est tenu au secret médical : vous pouvez tout lui dire, il ne transmet à l'employeur que des aptitudes et restrictions (« éviter la station debout prolongée », « télétravail recommandé 2 j/semaine »), jamais le nom de la maladie. C'est votre allié structurel : les aménagements officiels passent par lui.
Mais : pour bénéficier d'aménagements et de protections, il faut bien signaler quelque chose, pas nécessairement le diagnostic : des besoins.
La stratégie des trois cercles
Cercle 1, le médecin du travail : tout, en confiance. Cercle 2, l'employeur/les RH : les besoins fonctionnels, pas le dossier médical (« j'ai un problème de santé chronique qui me fatigue ; avec ces trois aménagements, je fais mon travail pleinement »). Le nommer ou non vous appartient, beaucoup choisissent de le faire quand la confiance existe, et le vivent comme un soulagement ; d'autres non, et c'est leur droit. Cercle 3, les collègues : une version courte, choisie, servie par vous avant que les suppositions ne s'installent (l'imagination des open spaces est toujours pire que la réalité).
Version courte pour les collègues : « J'ai un souci de santé chronique qui me fatigue vite, rien de contagieux, rien de dramatique, mais je gère mon énergie de près. C'est pour ça que je pars à 16h30 et que je bloque mes matinées. Si je décline un truc, ce n'est jamais contre vous. »
Pour un manager de confiance : « Je veux que tu l'apprennes par moi : j'ai une sclérose en plaques. Elle est suivie, traitée, et n'empêche pas de travailler, à condition de m'organiser. Voilà ce qui m'aide, voilà ce qui ne change rien. J'aimerais qu'on en reste là tant que je ne t'en reparle pas. »
Le critère de décision que je donne en consultation : révélez quand le silence coûte plus cher que la parole, quand cacher devient un deuxième travail (inventer des excuses, masquer les symptômes, refuser des aménagements dont vous avez besoin). Tant que le silence est confortable et sans coût, il est légitime. Le jour où il pèse, les scripts ci-dessus sont prêts.
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10. Votre plan des 4 semaines
Semaine 1, Observer
Tenir le journal de batterie (p. 5), 4 à 6 lignes par jour, sans rien changer
Identifier : mes 3 gouffres, mes heures fortes, ce qui me recharge vraiment
Vérifier les fatigues secondaires : sommeil ? moral ? médicaments ? → noter les questions pour le médecin
Semaine 2, Appliquer les 4 P (deux changements, pas dix)
Déplacer LA tâche la plus lourde vers mes heures fortes
Installer les micro-pauses au minuteur (5 min / 45-60 min), la règle « s'arrêter avant d'être vidé·e »
Déléguer ou simplifier UNE tâche domestique gourmande (le budget est commun)
Semaine 3, Outiller et préparer
Mettre en place l'agenda unique + la liste des 3 priorités du jour
Régler le poste : siège, écran, portée de main, fraîcheur
Préparer par écrit ma demande d'aménagements (p. 10) et prendre rendez-vous avec le médecin du travail si besoin
Semaine 4, Consolider et décider
Refaire 3 jours de journal : qu'est-ce qui a changé ? (comparez, noir sur blanc)
Ajuster : garder ce qui marche, corriger un point, ajouter UN changement
Décider en conscience : qui, dans mes trois cercles, a besoin de quelle version (p. 11) ?
Ne démissionnez jamais sur un coup de fatigue. Si l'idée de tout arrêter s'impose, au fond d'une poussée, d'un burn-out, d'un conflit, c'est précisément le moment de ne PAS décider : un arrêt de travail se prescrit, une reprise s'aménage, un poste s'adapte, une reconversion se prépare... mais une démission à chaud se regrette. Parlez-en d'abord : neurologue, médecin du travail, association SEP de votre pays, un proche de confiance, et si le moral est en cause, dites-le à votre médecin : la dépression accompagne souvent la SEP et elle se traite.
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Faire équipe, si vous le souhaitez
Ce livret vous donne la méthode générale. Mais votre métier, votre poste, votre trajet, votre SEP à vous, c'est une équation unique. En un entretien vidéo, nous pouvons la résoudre ensemble : analyser votre journal de batterie, réorganiser VOS journées, préparer VOTRE demande d'aménagements avec les bons mots, et répéter la conversation que vous redoutez.
La question écrite, 39 €. Décrivez votre situation (poste, difficultés, ce que vous avez déjà tenté) : réponse détaillée et personnalisée sous 48 h ouvrées.
L'entretien-conseil en vidéo, 45 min, 79 €. Votre plan sur mesure : organisation, poste, aménagements, communication, avec synthèse écrite à garder.
Réservation et paiement en ligne : www.conseil-ergo.be
Merci d'avoir investi dans ce livret. Il travaille pour vous :
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Mentionnez ce code lors de votre réservation : 5 € sont déduits de votre premier entretien-conseil.
Sources principales
NICE (National Institute for Health and Care Excellence, Royaume-Uni). Multiple sclerosis in adults: management, recommandations sur la prise en charge de la fatigue (autogestion, exercice, approches multimodales).
Mathiowetz V. et coll. Randomized controlled trial of an energy conservation course for persons with fatigue caused by multiple sclerosis (Mult Scler), et suivi à un an (2007) ; protocole du cours : Packer T. et coll. Managing Fatigue.
Finlayson M. et coll. Essai randomisé du programme de conservation d'énergie délivré par téléconférence chez des personnes avec SEP.
Thomas S. et coll. A pragmatic parallel arm multi-centre randomised controlled trial (FACETS) : programme de gestion de la fatigue dans la SEP (J Neurol Neurosurg Psychiatry).
Multiple Sclerosis International Federation (MSIF). Global MS Employment Report, données internationales sur l'emploi et la SEP.
Travaux de réadaptation professionnelle SEP de l'université de Nottingham (accompagnement individualisé du maintien en emploi, délivré à distance).
Littérature sur la sensibilité à la chaleur (phénomène d'Uhthoff) et le refroidissement, et sur la réhabilitation cognitive par stratégies externes dans la SEP.